Je sais bien que l'on s'était fait la promesse d'être toujours ensemble, d'être toujours là l'un pour l'autre mais j'ai récemment succombé à ma douleur... Je ne pouvais plus supporter de te voir dans leurs bras, de t'entendre raconter vos ébats, c'en était beaucoup trop pour moi.
Je n'ai jamais aimé personne d'autre que toi petit frère et tu le sais mais... Mais il y a toujours un "mais".
Dis-moi, tu te souviens de la première fois où tu m'as embrassé ? Moi je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais sept ans et toi six, c'était l'hiver, tu avais froid. Mais il n'y avait aucune couverture à l'horizon, alors tu m'as demandé de te réchauffer, et j'ai accepté sans hésiter, je ne pouvais rien te refuser. Tout mignon que tu étais, tu es venu te blottir contre mon torse en l'encerclant de tes petits bras maladroits, je nous revois encore, on était bien comme ça. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'est que tu relèverais ta petite frimousse vers moi et presserai abondamment tes lèvres gelées sur les miennes. D'ailleurs je ne sais toujours pas pourquoi tu as fais cela, je n'ai pas osé te le demander... Sûrement car ils faisaient tous ça à l'école où peut être pour voir ce que cela faisait d'embrasser son propre frère, je n'en sais rien.
Cela fait déjà trente ans, trente ans que nous avons échangé notre premier baiser. Certes, nous avons recommencé après mais nous n'étions plus jeunes et innocents, plus comme avant...
Je t'aimais tellement Jared, tu étais comme la prunelle de mes yeux, comme mon second souffle d'air. Et puis un jour tu m'as demandé encore plus. C'était dans ta nature de vouloir toujours plus, je le savais, mais j'ai refusé, oui, même si j'en mourrais d'envie, pour la première fois de ma vie je t'ai refusé quelque chose. Je voulais que, malgré tout, il y est une certaine distance entre nous. Si je me souviens bien, tu as mis un temps fou à daigner m'adresser la parole après ça, tu devais te sentir frustré... Mais tu as finis par oublier et tu ne m'en as plus jamais reparlé.
En revanche il fallait croire que ce refus t'avais lassé de moi car tu ne m'accordais même plus de baisers, même plus d'étreintes chaleureuses, plus rien.
Je voyais bien que lien qui nous liait disparaissait au fur et à mesure que tu grandissais, tu m'aimais sans doute toujours autant qu'avant certes, mais sans les gestes c'était différent.
Est-ce normal d'aimer son frère comme je t'aime toi ? Non, c'est immoral.
Jared, ne culpabilise pas pour ce que j'ai fait, tu n'y es pour rien, c'est moi le fautif. Je ne veux plus me battre, je n'en ai plus la force. Dis toi juste que tout est mieux comme ça et qu'au paradis tu me retrouveras, même si je sais très bien que tu ne crois pas à ces choses là, je te le promets que ça ira, je ne t'oublierai pas. Ne souffres pas de mon absence comme moi je souffrais des tiennes petit frère.
Oui, ma jalousie m'a rendu fou, car j'étais jaloux de toutes ces belles filles que tu ramenais dans ton lit et que tu préférais à moi. J'aurais tellement voulu être à leur place, occuper tes pensées comme elles le faisaient.
J'aurais aussi aimé pouvoir me blottir dans tes bras, sentir ta chaleur tout près de moi une dernière fois mais il est trop tard pour cela.
Jared, je ne meurs pas à cause de toi, je meurs pour toi car, après tout, mourir de jalousie, c'est mourir d'amour aussi.
Adieu,
Shannon. »